Le papier blanc, vierge de toute écriture déguisée, de toute pourriture travestie, est l'une des nombreuses représentations du néant. Se trouver devant une feuille vide est angoissant et frustrant. On ressent un besoin imminent de masquer ce trou mais une peur soudaine et sans fondements nous prend. Sorte de vertige absurde, de force maléfique qui nous attrape à la gorge et nous menace de son ton impétueux. On croyait avoir tant à écrire en ouvrant notre stylo mais cette vision a comme bloqué notre cerveau: les mots ne sortent plus, l'encre ne coule plus. Puis les mots reviennent, véritable armée marchant sur une ville, mais dans un tel état d'anarchie qu'il est impossible d'en faire quoi que ce soit. Ses choses, ses idées qui nous semblaient tout à l'heure claires et précises ne sont plus qu'un amas informe, des bribes de phrases éparses çà et là sans le moindre ordre et le moindre sens. Pourtant il nous faut choisir car cetter chair inerte attend toujours d'être marquée. C'est là que surgit l'incertitude, le pire de tous les vices, qui nous guete à chaque décision torturant ce qu'il reste de nos âmes damnées. La damnation n'est en effet pas l'oppresseur le plus accablant, loin de là, c'est l'incertitude l'infâme, la résignation! Vices exécrables qui rendent l'Homme pareil à la bête, qui le dénature profondément. Car ce qui différencie l'Homme du bestiaire ce n'est pas seulement la parole, ce n'est pas seulement la pensée; c'est aussi la volonté! La volonté de s'affirmer comme être supérieur sur cette jungle qui a depuis longtemps déjà gagné notre société. De cela aussi l'on a beaucoup parlé, de cette société qui adoucissait moeurs et nature de cet infâme être qu'est l'être humain. Or cette société n'a fait que tirer de son essence la partie la plus mauvaise en le corrompant et en le rendant hypocrite, afin d'avoir l'air d'avoir plus de mérites et de droits que ses concitoyens. Voilà le paradoxe absurde de la société ! Mais le plus absurde n'est pas ce paradoxe intérieur, mais bel et bien l'absurde lui-même. Que dans cette société étudiée, analysée, codifiée depuis la nuit des temps il y ait une place pour cette incohérence absolue, pour cette partie de cache-cache des vices, là est la véritable absurdité. Mais refermons les vannes avant que ce flot de paroles insensées ne nous mène à la démence.
-Jack le Fou Savant-